Quand on parle de supercars des années 90, les mêmes noms reviennent : McLaren F1, Ferrari F50, Porsche 911 GT1. La CLK GTR Mercedes-Benz, elle, reste curieusement en retrait dans les conversations, alors qu’elle partage exactement le même ADN de course que ses rivales. Produite à seulement 25 coupés et 5 roadsters, cette voiture née du règlement FIA GT1 a pourtant écrit une page technique sans équivalent chez Mercedes.
Monocoque carbone sur une Mercedes de route : la CLK GTR a ouvert la voie
Avant de parler de palmarès ou de cote, un fait mérite d’être posé. La CLK GTR est le premier modèle routier Mercedes doté d’un châssis monocoque en fibre de carbone. Ce n’est pas un détail marketing : la cellule CFRP provient directement de la voiture de course FIA GT1, adaptée pour recevoir un intérieur (minimal) et une immatriculation.
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À la fin des années 90, cette technologie n’existait chez Mercedes que sur les monoplaces et les prototypes de compétition. La transposer sur un véhicule livré à des clients privés représentait un saut industriel que même AMG, pas encore filiale intégrée de Mercedes à l’époque, a dû absorber dans des délais très courts.

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On parle d’une voiture conçue, dessinée et construite en 128 jours. Le projet a démarré en décembre 1996 pour un début de saison au printemps 1997. Ce calendrier explique en partie pourquoi la CLK GTR ressemble autant à un prototype qu’à une voiture de route : l’homologation routière était un passage obligé, pas une finalité.
Règlement GT1 et homologation : pourquoi la CLK GTR existe
Pour comprendre cette voiture, il faut remonter au règlement GT1 rédigé par la FIA et l’Automobile Club de l’Ouest. La règle était claire : pour courir aux 24 Heures du Mans et en championnat FIA GT, le constructeur devait homologuer la voiture pour la route et en produire au minimum 25 exemplaires.
Ce règlement a engendré une génération de machines improbables. La Toyota GT-One, la Nissan R390, la Porsche 911 GT1 Strassenversion, et donc la CLK GTR. Toutes partagent le même paradoxe : ce sont des prototypes de course déguisés en voitures de route, et non l’inverse.
La différence avec une supercar classique tient à la méthode de développement :
- La voiture de course est conçue en premier, sans compromis routier. L’aérodynamique, le châssis, la répartition des masses répondent exclusivement aux exigences du circuit.
- La version route est dérivée après coup, avec les modifications minimales nécessaires à l’homologation (garde au sol rehaussée, phares conformes, catalyseurs).
- La production reste artisanale et limitée au strict minimum réglementaire, ce qui rend chaque exemplaire quasi unique dans ses finitions.
Cette logique inversée explique le caractère brut de la CLK GTR sur route. On n’est pas dans le raffinement d’une Ferrari F50, pensée dès l’origine pour séduire un client fortuné. On est face à une voiture de course qui tolère un passager.
CLK GTR aux enchères : la cote qui a explosé en moins de dix ans
Longtemps, la CLK GTR est restée dans l’ombre des McLaren F1 et Ferrari F50 sur le marché des enchères. Un exemplaire roadster passé chez Bonhams à Goodwood en 2015 avait atteint 2,3 millions de dollars. Un prix déjà conséquent, mais loin des sommets atteints par ses contemporaines.
En 2023, la donne a changé. Un CLK GTR Roadster de 2002 a atteint 10,235 millions de dollars lors de la vente RM Sotheby’s à Las Vegas. C’est la première fois qu’une CLK GTR franchissait la barre des 10 millions en enchères publiques. Cette multiplication par quatre en moins de dix ans place désormais le modèle dans la même tranche que les McLaren F1 les mieux cotées.

Plusieurs facteurs expliquent ce rattrapage. La rareté absolue (30 exemplaires au total, toutes versions confondues) joue un rôle évident. L’intérêt croissant des collectionneurs pour les homologation specials GT1 des années 90 pousse aussi les enchères. Et le fait que la CLK GTR ait été sous-évaluée pendant des années par rapport à ses rivales directes crée un effet de correction.
Roadster contre coupé : une distinction qui pèse
Les 5 roadsters, appelés CLK GTR Super Sport, sont les plus recherchés. Leur moteur a été poussé encore plus loin que celui des coupés. Seuls 5 roadsters Super Sport ont été produits, ce qui en fait l’une des Mercedes les plus rares jamais construites.
Les retours varient sur la conduite réelle de ces voitures : certains propriétaires décrivent une machine presque ingérable sur route ouverte, d’autres louent une tenue de cap exceptionnelle à haute vitesse. L’expérience dépend beaucoup de la préparation et du contexte d’utilisation.
CLK GTR face à la McLaren F1 et la Porsche 911 GT1 : ce qui la distingue
La McLaren F1 bénéficie d’une aura médiatique construite sur trois décennies. La Porsche 911 GT1 profite du réseau et de la communauté Porsche. La CLK GTR n’a ni l’une ni l’autre de ces assises.
Ce qui la rend singulière tient à sa filiation directe avec AMG avant l’intégration dans le groupe Mercedes. La CLK GTR est un produit d’ingénieurs de course, pas d’un département marketing. Le moteur V12 atmosphérique, la boîte séquentielle à 6 rapports, le châssis monocoque carbone : tout vient du programme compétition, sans filtre.
Face à la F1, la CLK GTR est plus brute, moins sophistiquée dans l’habitacle, mais elle partage un ADN de prototype que peu de voitures de route peuvent revendiquer. Face à la 911 GT1, elle offre une architecture moteur central arrière plus radicale que le flat-six Porsche, même turbocompressé.
L’exposition organisée au musée Louwman aux Pays-Bas en 2024 a permis de réunir pour la première fois plusieurs de ces supercars GT1 des années 90. Voir la CLK GTR à côté d’une Toyota GT-One ou d’une McLaren F1 rappelle à quel point cette génération de voitures constitue un moment unique dans l’histoire de l’automobile, un moment où la frontière entre course et route n’existait plus.
La CLK GTR Mercedes-Benz n’est pas oubliée par hasard. Sa rareté, son caractère brut et l’absence de réseau de passionnés structuré l’ont maintenue dans l’ombre. La flambée récente des enchères corrige une sous-évaluation historique, et le regain d’intérêt pour les homologation specials GT1 devrait continuer à repositionner cette voiture là où elle aurait toujours dû figurer : au sommet des supercars des années 90.